Seul avec mon clavier...
Plus tu pédales moins vite, moins tu vas plus loin!


Mercredi 2 octobre 2002

Jours 7 et 8 : La course contre le temps
Aussi vite pourrons-nous courir, la course contre le temps est perdue d'avance : nous viellissons tous d'une journée à toutes les 24 heures. Il n'y a rien de plus juste et démocratique que l'âge...

Pourquoi courir au travail pour enrichir autres que nous?
Pourquoi courir tout autant la fin de semaine que la semaine?
Pourquoi courir si vite que l'essentiel passe sans qu'on le voit?

Le temps est-il si insaisissable qu'on ne puisse jamais vraiment le prendre?

..ooOOoo..

OÙ COURENT-ILS?
Raymond Devos

Excusez-moi, je suis un peu essoufflé! Je viens de traverser une ville où tout le monde courait... Je ne peux pas vous dire laquelle... je l'ai traversée en courant! Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde courait... je me suis mis à courir comme tout le monde sans raison!

À un moment, je courais au coude à coude avec un monsieur... Je lui dis :

— Dites-moi...pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous?
— Parce qu'ils le sont! Vous êtes dans une ville de fous ici... vous n'êtes pas au courant?
— Si, Si, des bruits ont couru!
— Ils courent toujours!
— Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous?
— Tout! tout! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent après les honneurs... Celui-ci court pour la gloire... Celui-là court à sa perte!
— Mais pourquoi courent-ils si vite?
— Pour gagner du temps! Comme le temps, c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent!
— Mais où courent-ils?
— À la banque! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant... et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre!
— Et le reste du temps?
— Ils courent faire leurs courses...au marché!
— Pourquoi font-ils leurs courses en courant.
— Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous!
— Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant... tout en restant fous!
— On voit bien que vous ne les connaissez pas! D'abord le fou n'aime pas la marche...
— Pourquoi?
— Parce qu'il la rate!
— Pourtant, j'en vois un qui marche!?
— Oui, c'est un contestataire! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation!
— Il n'a pas l'air d'être suivi?
— Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé!
— Et vous, peut-on savoir ce que vous faîtes dans cette ville?
— Oui! Moi j'expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires ne marchent pas!
— Et où courez-vous là?
— Je cours à la banque!
— Ah!... Pour y déposer votre argent?
— Non! Pour le retirer! Moi je ne suis pas fou!
— Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est?
— Parce que j'y gagne un argent fou!... C'est moi le banquier!...

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-10-02 11:32:50
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Lundi 30 septembre 2002

Jour 6 : Le marcheur solitaire
Tous les jours, je le voyais de la fenêtre de mon bureau. À heures fixes, 8 h 30 et 14 h 30, régulier comme un métronome, il apparaissait tout au bout de la rue S***, marchant sur le trottoir, la tête penchée comme s’il scrutait avec attention le moindre détail du chemin de béton où il déposait ses pas. Arrivé au bout de la rue S***, il tournait à gauche pour emprunter le trottoir du boulevard G***. Il traversait le pont de la rivière C*** puis il disparaissait vers le sud. Environ quarante-cinq minutes plus tard, il revenait. Il retraversait le pont, tournait sur la rue S*** et s’en allait au loin à l’est.

Il devait avoir environ 35 ans, quoiqu’il était difficile de pouvoir vraiment deviner son âge. Il marchait avec l’allure d’un homme de 50 ans alors que son visage donnait l’impression qu’il était dans la jeune vingtaine. Tous ceux qui le voyait passer se doutait qu’il n’avait pas toute sa tête à lui. Quand on le saluait, il marmonnait quelque chose qui ressemblait à « bonne hiour », sans lever les yeux de son trottoir hypnotique. J’ai toujours crû que ce marcheur solitaire devait connaître la moindre fissure, le moindre défaut des trottoirs, sur dix kilomètres de long.

Deux semaines avant sa disparition, j’ai remarqué une variation dans sa routine quotidienne. Tout juste avant de s’avancer sur le pont, il s’arrêtait puis tournait en rond sur lui-même, les yeux toujours fixés par terre. Parfois, il se grattait la tête énergiquement comme pour exprimer une incompréhension trop grande pour sa pauvre petite caboche. Puis il reprenait sa route en jetant parfois un regard vers l’arrière.

Le matin de sa disparition, je l’ai vu descendre la rue S***, prendre le boulevard G*** et s’arrêter avant le pont. Il était visiblement très nerveux, presque apeuré. Il s’est avancé très lentement pour traverser le pont, en marchant comme s’il voulait être plus léger qu’il ne l’était en réalité. Une fois de l’autre côté, il s’est éloigné d’un pas si rapide qu’il a failli tomber par deux fois. Mon téléphone a sonné : j’étais convoqué à la salle de réunion pour un remue-méninge. Je suis sorti de mon bureau en oubliant le marcheur solitaire.

Vingt minutes plus tard, le pont s’était effondré dans la rivière. Heureusement, personne ne se trouvait dessus au même moment. Quand on m’a appris la nouvelle, une bonne heure plus tard à la fin de la réunion, j’ai tout de suite pensé au marcheur solitaire : il savait que le pont se disloquait un peu plus à chaque jour parce que les fissures du trottoir ne cessaient de s’élargir.

Quand je suis revenu dans mon bureau, j’ai scruté le côté sud de la rivière dans l’espoir de voir la silhouette du marcheur parmi les curieux qui gênaient le travail du personnel de la voirie municipale. Selon son horaire si régulier, il devait être revenu de son trajet depuis belle lurette. Mais j’ai eu beau regarder et regarder, je ne l’ai jamais vu. D’ailleurs, plus personne ne l’a revu depuis.

Si vous voyez passer devant chez vous un drôle de marcheur sans âge, le nez collé sur le trottoir, faites-moi signe. Je m’ennuie.

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-30 15:56:34
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Dimanche 29 septembre 2002

Jours 4 et 5 : Un poème pour se préparer au lundi
Pas facile d'écrire la fin de semaine. Alors, pour marquer quand même ces deux journées dans mon blogue, je propose le texte d'un poème que j'ai écrit il y a de nombreuses années. Ce texte est fait pour être chanter a capella, à la manière des complaintes anciennes. Malheureusement, je ne peux faire suivre l'air...

ENCRE

Je n’ai plus d’encre dans l’encrier
N’ai plus d’amour dans mon amourier
Je n’ai plus de coeur dans mon courrier
Je n’ai plus d’ancre pour m’ancrer

Je n’ai plus d’âme pour ma dame
Je n’ai plus d’Ève pour rêver
Je n’ai plus d’or pour t’adorer
Je n’ai plus d’air pour errer

Je n’ai plus d’encre dans l’encrier
N’ai plus de corde pour nous accorder
N’ai plus de chant pour nous enchanter
Je n’ai plus d’ancre pour m’ancrer

Je n’ai plus de voix pour voyager
N’ai plus de vent pour m’aventurer
Je n’ai plus d’âge à partager
N’ai plus de lit pour me libérer

Je n’ai plus d’encre dans l’encrier
N’ai plus de train pour t’entraîner
N’ai plus de bras pour t’embraser
Je n’ai plus d’ancre pour m’ancrer

Je n’ai plus de fleurs pour te flirter
N’ai plus de soie pour te soigner
N’ai plus de rime pour m’arrimer
N’ai plus de poème pour t’aimer

Avril 1994

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-29 23:56:50
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Vendredi 27 septembre 2002

Jour 3 : La force de la gravité et l'énergie du vide
Il y a quelques années, l'hypothèse la plus acceptée par les astrophysiciens sur l'avenir de l'univers portait le doux nom de "Big Crunch", une théorie qui se résume ainsi : à la suite d'une immense explosion initiale (Big Bang), l'univers est en expansion. Cependant, par la force de la gravité, cette expansion va ralentir et s'arrêter. L'univers se contractera alors sur lui-même pour terminer sa vie dans un immense "Big Crunch".

Or, les plus récentes recherches démontrent que les objets les plus éloignés que nous pouvons observer dans l’univers sont toujours en accélération, ce qui va à l’encontre de la théorie du Big Crunch qui ne tient plus : l’univers serait donc voué à une expansion éternelle.

Pour expliquer ce phénomène, les astrophysiciens croient qu’il y a une force inconnue cachée dans le vide de l’univers. Cette « énergie noire » annihile les effets de la gravité et force tous les corps célestes à s’éloigner les uns des autres à tous jamais.

Est-il possible d’utiliser ces connaissances scientifiques pour en faire une métaphore sociale? De plus en plus, la société moderne du Me, Myself ans I tend à remplacer les grandes valeurs sociales par des valeurs strictement individuelles. Ainsi, on brise la force de gravité qui existe entre les membres des groupes sociaux pour la remplacer par du vide entre les individus. Or, ce vide contient une force qui amène les individus à s’éloigner les uns des autres…

Ce n’est pas ce qui nous arrive à tous, seuls devant nos claviers…

Zed

P. S. : Une petite question : s’il y a une force dans le vide, est-ce que le vide est encore vide? Si non, le vide n’existe plus…

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-27 10:34:19
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Jeudi 26 septembre 2002

Jour 2 : La routine et le vide
Ce matin je me suis levé et je me suis branché sur le pilote automatique. Rien de plus facile puisque cinq matins par semaine, je répète inlassablement la même séquence de gestes : lever, pipi, douche, déjeuner, lecture du journal, habillage et départ pour le boulot.

Il me faut vingt minutes en auto pour me rendre à mon bureau et certains matins, je n'ai même pas conscience de la route que je fais. Une fois arrivé, avant de sortir de mon auto, je prends un grand respir pour me donner faussement courage avant d'aller bosser. La routine habituelle quoi...

Déjà, la boîte est en effervescence. Je n'arrive pas à comprendre mes collègues qui réussissent si bien à démarrer leur journée sur les chapeaux de roue. Je n'ai pas cette énergie matinale. Je suis de ceux qui atteignent graduellement leur vitesse de croisière : je suis plus du genre paquebot. (La référence au paquebot n'a rien à voir avec mon poids! Hihi.)

La routine du travail, c'est un immense trou noir qui nous aspire dans le vide. Mais il faut bien payer le loyer, l'auto, l'éducation des enfants et tout le reste. Et plus la vie vous ajoute des obligations, plus le vide risque de vous frapper.

Il y a des jours où je ne rêve que de désordre et de chaos, d'imprévus et de surprises. N'importe quoi qui pourrait briser les chaînes de la routine.

En terminant, voici le texte d'une chanson pour illustrer mes propos. Il s'agit du PASSAGER DE L'HEURE DE POINTE de Michel Rivard :

Je me lève, y est encore tôt et je m'en vais travailler
Debout dans un métro bondé pour échanger
Les plus belles heures de ma journée contre un salaire
C'est ben clair, j'y perd au change

Si je pouvais mettre en file les miles et puis les miles
Que j'ai pu faire soir et matin, je serais sûrement
Quelqu'part dans un pays lointain, loin aussi loin
Que tous les rêves de mon enfance

Le passager de l'heure de pointe
A fait le tour du monde à pieds
Si ses voyages sont dans sa tête
Son corps est quand même fatigué

J'embarque dans l'ascenseur qui monte avec lenteur
J'débarque pour embarquer dans un bureau
Où même assis j'monte et descends selon les heures
Et les humeurs de mes supérieurs

Si je pouvais mettre ensemble les heures que j'ai passées
Sur place à monter, descendre, je serais sûrement
Quelqu'part dans un pays lointain, loin aussi loin
Que tous les rêves de mon enfance

Le passager de l'heure de pointe
A fait le tour du monde à pieds
Si ses voyages sont dans sa tête
Son corps est quand même fatigué

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-26 09:15:53
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Mercredi 25 septembre 2002

JOUR 1 : Les amours jetables
Ce n'est pas gai comme premier sujet mais c'est ainsi. Autour de moi, les couples ne cessent de se défaire, certains après de nombreuses années de vie commune. Un peu comme les briquets et les stylos, on jette maintenant son conjoint après usage...

Que des couples se séparent, c'est une chose et c'est parfois inévitable. Ce qui me chicotte cependant, c'est la désinvolture dans le geste : c'est fini, c'est fini, on passe à autre chose. C'est comme s'ils avaient terminé la lecture d'un roman et qu'ils en débutaient un autre.

Nos vivons dans une société où il semble futile de construire quoi que ce soit de permanent. Tout est éphémère; toute jouissance émoussée peut (et "doit" pour certains) être remplacée par une autre.

Les sentiments ne devraient jamais être des objets de consommation. Et pourtant, ils le sont devenus. C'est dommage.

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-25 16:13:22
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Mercredi 25 septembre 2002

Et c'est un commencement...
Est-ce que celui dont vous lirez ici l'histoire existe vraiment? Celui qui l'écrit, c'est moi, bien évidemment. Mais le personnage qui se découvrira petit à petit au cours des prochains jours, semaines et moi, existe-t-il vraiment où s'il n'est que le fruit de mon imagination?
Est-ce que cela importe vraiment? Je suppose que non. Alors, je vous invite à revenir me voir régulièrement et surtout, à me faire connaître vos commentaires qui me nourriront et m'inciteront à poursuite cette modeste chronique.
À la revoyure,
ZED

PUBLIÉ PAR Zed | le 2002-09-25 14:46:55
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